Biographie de G. W. Zinbiel

Guillaume William Zinbiel est né à Zoebersdorf (Alsace) le 29 février 1900. Né d'une mère d'origine gagaouze et d'un père inconnu, il fut élevé dans la famille du boulanger, chez qui travaillait sa mère. A l'âge de 5 ans, perché sur un tabouret derrière le comptoir, il rendait déjà la monnaie. Brillant à l'école il écrivait aussi bien en caractères latins, qu'en gothique ou en grec (alphabet utilisé pour écrire le gagaouze jusqu'en 1958, date à laquelle lui fut substitué le cyrillique). Le maire l'encouragea à poursuivre ses études. Ses sujets de prédilection étaient la musique, la linguistique et les mathématiques.

En musique il préférait Mozart, surtout les premières oeuvres, quand celui-ci signait encore Trazom. Il joua dans l'orchestre symphonique régional (au triangle).

En linguistique, il s'intéressa surtout au dialecte local et ses rapports avec le bas-breton. Il montra que l'isoglosse de la pomme de terre séparant "grumbere" au nord, de "aertpfel" au sud, coincide avec la route romaine reliant Strasbourg à Saverne. Il précisa le lieu dans les Vosges du point triple de la myrtille, là où se rejoignent les isoglosses séparant "myrtille", "brimbelle" et "heidelbeere". Il prétendait que l'Alsace n'est pas une variété orientable, car l'intérieur se trouve à l'extérieur.

En mathématique sa référence principale était Leibniz. Dans ses cahiers de notes remplis de dessins et de formules, on trouva, entre autre, la définition et l'étude préliminaire des célèbres algèbres* qui firent sa réputation. Etant suffisamment fortuné (il avait hérité du boulanger) pour ne pas avoir à travailler, il n'éprouva jamais le besoin de prendre une position académique, et donc ne se soucia pas de publier. Son lieu de promenade préféré était le Jesselberg, qu'il arpentait de long en large tout en faisant des maths (d'où probablement son surnom local "d'messchugge", à moins que celui-ci ne soit dû à sa manie d'inventer des canulars). De cette colline il pouvait admirer, d'un côté, la ligne verte des Vosges (celle qui est bleue vue de l'intérieur ("glaz" en breton)), et de l'autre, la plaine d'Alsace. C'est sans doute de ce panorama, c'est à dire la vue des labours, que lui vint la facheuse habitude d'écrire en boustrophédon.

On ne sait que peu de choses de sa vie privée, si ce n'est qu'il était joueur, préférait les dames aux échecs et admirait Oulipo. Ayant dépensé toute sa fortune il ne laissa à ses héritiers que ses cahiers de notes (ceux-ci étant en fait d'une valeur inestimable). Mais, effrayés à la fois par les dessins ambigus (dont des triangles de toutes sortes), et les formules abracadabrantes (qui le firent prendre pour un alchimiste, voire un suppot du diable) ils enfermèrent ses écrits dans un coffret. Puis ils déposèrent celui-ci dans le caveau qui se trouve face à l'horloge astronomique de la Cathédrale de Strasbourg (sous le parking). La plaque de bronze qui le scelle porte la mention "à n'ouvrir que le 23 septembre 3790".


* Les algèbres de Zinbiel, qui sont duales, au sens de la dualité de Koszul des opérades, des algèbres de Leibniz, ont une opération binaire x . y satisfaisant à la relation

(x . y) . z = x . (y . z) + x . (z . y)

L'exemple type d'une telle opération est le"demi-battage".