Laboratoire SEDET ____________________________ Université de Paris VII

Rapports interethniques et construction nationale à MADAGASCAR (XIXeme-XX-ième siècles)

Table ronde, 4 et 5 Décembre 1998

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Dominique DUMONT


Leçons d'un débat avec des "ethnonationalistes" merina





"Tsy misy melo-batana, fa ny melo-bava no meloka."

("Personne n'est coupable de son corps, mais il en est qui sont coupables de ce qu'ils disent")



"Le problème, c'est qu'ils défendent aussi des causes populaires."

(Haja, <soc.culture.malagasy>, 14 Juillet 1998)


"On ne combat pas les démagogues en les insultant,
mais en leur enlevant cette part de vérité
qui fait leur fond de commerce."

(Emmanuel Mounier, cité par Jean-Pierre Chevênement,
allocution inaugurale du Ministre de l'Intérieur,
débat : "Entrée et séjour des étrangers en France",
Assemblée nationale, 4 Décembre 1997)


"Ny teny ratsy fotaka am-baravarana,
samy manilika eo anatrehany."

("Les insultes sont de la boue sur le seuil de la maison,
chacun balaie devant sa porte.")




Première partie : les thèses "ethnonationalistes" merina


1. Introduction

Internet a mauvaise presse en matière de débats d'idées. Il y règne une absence de règles, un usage fréquent de l'anonymat, une quasi-abolition de tout statut social des interlocuteurs au nom d'une utopique "égalité des intervenants" que ne reconnaissent pas les "détenteurs du savoir" (d'où leur prudente abstention, en général), une absence en un mot de tout contrôle social, plus ou moins génératrice de comportements irresponsables. Ce gigantesque réseau d'ordinateurs est devenu le lieu d'expression privilégié pour toutes sortes de dérives, de fanatismes et de provocations. Il émane souvent de ces discussions, ouvertes à tous vents, une sorte de "bruit" général, de confusion, et d'aucuns voient là une manifestation de plus de la "crise de la modernité".

Pourtant, quelle formidable efficacité que celle d'Internet dans la communication ! On a vu apparaître ces dernières années plusieurs lieux d'échanges et de discussions sur Madagascar, entre autres la liste de diffusion "Ny Malagasy eto amin'ny sehatra Internet", appelée aussi "FBRA", réservée aux nationaux, qui comprend plus de 600 inscrits (la plupart provenant de la "diaspora", si l'on désigne sous ce vocable les zanak'ampielezana qui résident an-dafy), et aussi le forum <soc.culture.malagasy>, ouvert à tous. Ce forum, en anglais "newsgroup", sera désigné ici sous le sigle "scm". Les groupes de discussion, ainsi que les pages Web personnelles, lesquelles se comptent par dizaines en ce qui concerne Madagascar, sont autant d'outils permettant de resserrer les liens entre "nationaux", et plus généralement entre amis de la Grande Ile.

Le courant "ethnonationaliste" merina est apparu dans la capitale malgache dans le courant des années 1990. Il s'est structuré d'abord autour d'une simple association de natifs de l'Imerina, Terak'Imerina, puis autour de l'hebdomadaire "Feon'ny Merina" ("La Voix des Merina") (1) et s'est sensiblement radicalisé après l'incendie du Rova en novembre 1995. Ce courant politique est très actif sur Internet, contrairement aux partis traditionnels. Dans la présente contribution, nous commenterons les interventions des "ethnonationalistes" merina sur Internet à partir de divers textes, la plupart rédigés en français, actuellement disponibles sur deux sites Web, d'une part celui qui s'intitule "Zaikabe Merina" (2) , d'autre part un site relatif aux événements de 1947, "Tao anantin'ny aizina" (2bis). ("En ce temps-là, dans la nuit")

"Valin-kitsaka! Le livre de la renaissance merina" (3) ("Revanche"), tel est le titre d'un ouvrage, signé "Ratrimonimerina", dont on ne voit pas circuler de version imprimée à Madagascar, mais qui, sur Internet, fait figure depuis deux ans de texte de référence pour la mouvance "ethnonationaliste" merina, du moins pour une tendance de celle-ci que nous qualifierons d'extrémiste et de raciste, pour la distinguer d'une autre tendance apparaissant comme plus modérée.

Nous ferons également écho aux polémiques qui, toujours sur Internet (et presque seulement sur Internet, du moins pour ce qui est des débats publics), ont opposé quelques représentants de la mouvance "ethnonationaliste" merina à des "antiracistes". Nous parlerons essentiellement d'une discussion longue et houleuse qui a eu pour théâtre le forum <soc.culture.malagasy> entre janvier et mars 1997.  On peut retrouver tous les textes en consultant les archives de ce "newsgroup" à l'aide du moteur de recherches "Dejanews" (4)

Il y aurait beaucoup à dire sur la "forme" que prit cette discussion, mais nous ne nous attarderons pas ici sur ce point. (5)

Avant d'en venir au contenu du débat proprement dit, il nous faudra faire d'abord un assez long exposé du contexte dans lequel il s'est déroulé, et commencer par résumer les principales thèses du nouvel "ethnonationalisme" merina.

2. Trois thèses défendues par Ratrimonimerina dans "Valin-kitsaka"

Nous ne pouvons analyser ici dans le détail un écrit de la dimension de "Valin-kitsaka" et laisserons aux chercheurs le soin de démêler le vrai du faux dans les détails historiques auxquels l'auteur fait référence, pour nous concentrer sur les aspects idéologiques et politiques de l'entreprise. Nous discernons trois thèses fondamentales dans cet ouvrage :

Cette thèse racialiste n'est pas vraiment nouvelle, elle a été autrefois défendue par l'historiographie coloniale, à cela près que les Merina ont été dépeints non comme "premiers occupants", mais au contraire comme des "envahisseurs malais" venus asservir les "autochtones". Autre différence : les textes de Ratrimonimerina dérivent nettement vers un racisme déclaré, comme nous le verrons un peu plus loin.

Ces deux premières thèses nous conduisent à qualifier ce courant d'"ethnonationaliste" (5bis).

Certes il faudra bien "coexister, malgré tout" (titre du dernier chapître de "Valin-kitsaka") avec les autres Malgaches, et pour cela on parle de la nécessité d'une "confédération des nations de Madagascar vivant en coexistence pacifique" ("Samy masina an-taniny", "Samia maka ho azy ka aoka hifanaja"). Nous reviendrons vers la fin de notre article sur certains silences quant à la réalisation pratique de cette "coexistence".

Il nous restera à examiner une troisième thèse qui, elle, nous semble commune à l'ethnonationalisme merina et à ce que nous appellerons le "nationalisme malagasy" (5bis) au sens classique de cette expression (le nationalisme, par exemple, des Menalamba en 1896-97, ou des insurgés de 1947, un nationalisme qui n'avait rien de spécifiquement merina) :

Cela, beaucoup de nationalistes malagasy l'ont sans doute pensé, et depuis longtemps. Mais c'est la première fois que cette thèse nous est ainsi "assénée" sans ménagement. Jusqu'à présent, les nationalistes malagasy s'étaient conformés à la devise du pasteur Ravelojaona (5ter) :

Sur la France, sur son identité et sa spécificité en tant que nation européenne, sur sa politique africaine, sur sa politique passée et présente à l'égard de Madagascar, sur tout cela on trouve de longs développements dans les écrits de la mouvance "ethnonationaliste" merina. Il ne saurait être question ici de les passer sous silence. Nous nous poserons la question suivante : ne conviendrait-il pas de procéder comme le suggère notre Ministre de l'Intérieur, à savoir, pour mieux combattre les "démagogues", de reconnaître leur "part de vérité", en l'occurrence d'apprécier dans quelle mesure la politique de la France a constitué, constitue encore, ou ne constitue plus, un obstacle à la construction nationale malgache ?

Notre discussion de ces thèses procédera dans l'ordre suivant : la première, la troisième, et enfin la seconde.

3. L'origine nusantarienne (6)

Le mot "nusantara" signifie "archipel" en malais et désigne ce qu'on appelait autrefois l'Insulinde, correspondant grosso modo à l'actuelle Indonésie. L'adjectif "nusantarien" est utilisé par les linguistes, par exemple Denys Lombard (6bis), pour désigner un groupe de langues (indonésien, malais, tagalog etc.) auquel se rattache la langue malgache, groupe qui fait partie d'une plus grande famille de langues, la famille dite "austronésienne" ou "malayo-polynésienne".

Nous n'allons pas revenir en détail dans cet article sur l'éternelle controverse sur les origines des Malgaches, qui se focalise le plus souvent sur la question de l'importance respective des apports africains et asiatiques dans le peuplement de Madagascar au fil des migrations successives (cette question n'est évidemment pas sans rapport avec un certain racisme à l'encontre des Africains).

En fait, la question qui nous occupe ici n'est pas vraiment celle-là. Personne ne conteste la composante nusantarienne, asiatique, dans le peuplement de Madagascar, ni son importance. Mais le point sur lequel nous voulons insister, c'est que cette origine nusantarienne n'est nullement l'apanage des seuls Merina. Résumons ici quelques arguments scientifiques que sauraient développer les spécialistes :

- arguments biologiques : le concept de "race malaise" n'a, comme les autres concepts raciaux, aucun fondement scientifique. En Asie même, les populations qui parlent des langues austronésiennes présentent une grande variété de types physiques (cf. le site Web du Professeur Paul Kekai Manansala, qui propose sur Internet un très important lexique austronésien). On retrouve cette variété à Madagascar. La génétique des populations révèle néanmoins une assez grande homogénéité du peuplement. On a pu montrer par exemple que les Sakalava ont dans leur patrimoine génétique beaucoup d'éléments communs avec les Merina, y compris en ce qui concerne l'apport que l'on peut discerner comme plus spécifiquement asiatique. Les différences "raciales" relèvent bien plus de l'apparence des individus que de l'hérédité biologique. Comme dit un proverbe malgache :

- arguments tirés des techniques traditionnelles : la riziculture, d'origine indonésienne, est répandue tant sur la Côte que sur les Hautes Terres ; l'élevage des zébus, d'origine africaine - on le sait, une grande part du lexique des termes désignant les animaux d'élevage est d'origine bantu - est pratiqué autant par les Merina que par les Sakalava, les Bara et bien d'autres "tribus". Sur la Côte, ce sont des Vezo, non des Merina, qui continuent de faire voguer les traditionnelles pirogues à balancier, d'origine austronésienne,

- arguments linguistiques : la langue malgache est unique, et présente des variations dialectales assez faibles quand on les compare à la situation d'autres langues dans le monde. En outre les éléments caractéristiques de l'origine nusantarienne se retrouvent massivement dans tous les dialectes malgaches, et pas davantage dans la variété merina que dans les autres. On peut relever que certains dialectes sont particulièrement "conservateurs", tandis que d'autres ont évolué plus vite. Des traits phonétiques caractéristiques de l'état de langue proto-malgache sont mieux conservés dans certains dialectes de la "Côte". Par exemple des dialectes du Sud-Est ont conservé des mots à consonnes finales, comme lalañ ("chemin"), tañan ("main"), là où la plupart des autres dialectes ont développé une règle imposant que les mots aient une voyelle finale. Le merina dira lalana, tanana, le tandroy lalañe, tañane, le sakalava lala, taña. Or un mot comme tañan (prononcé tangan), c'est du "malais" à l'état pur.

- arguments archéologiques : les premiers occupants de Madagascar étaient probablement des Austronésiens, des "Nusantariens" donc, mais d'une "race" d'autant plus indéterminée qu'ils provenaient d'un monde austronésien multiracial, comme nous l'avons indiqué plus haut (n'oublions que certains mots malgaches, comme maraina, matoa, maty etc., se retrouvent jusqu'en Mélanésie). Selon l'une des hypothèses les plus vraisemblables, ces Austronésiens ont transité par l'Afrique orientale, y ont séjourné vers les premiers siècles de l'ère chrétienne et se sont en partie métissés avec des Africains. On retrouve les mêmes traces matérielles de cette ancienne civilisation des deux côtés du canal de Mozambique, par exemple la pirogue à balancier.

- arguments tirés de l'étude du domaine religieux, métaphysique : on peut parler ici d'une civilisation malgache unique, fondée non seulement sur le culte des ancêtres familaux, mais aussi sur des cultes d'ancêtres royaux influencés par les civilisations orientales et d'Afrique australe. L'idéologie politique des royaumes malgaches, y compris le royaume merina, a emprunté à des conceptions d'origines diverses : de l'Inde (royauté de nature divine), du Moyen-Orient (le roi et le vizir, ampanjaka et manantany chez les Sakalava), de l'Afrique bantoue (le roi réincarné en animal chtonien : crocodile, ou fañano chez les Betsileo). L'idéal d'endogamie a été souvent battu en brêche par des mariages politiques entre princes de royaumes différents, si bien qu'une caractéristique des hautes lignées aristocratiques, notamment en Imerina, était les mariages lointains.

En résumé, on ne peut faire référence à l'origine nusantarienne et au passé de la civilisation malgache pour prétendre opposer une ethnie de Madagascar aux autres, comme le fait l'auteur de "Valin-kitsaka". Ses affirmations reposent sur deux amalgames, sur deux équations :

merina = race malaise = orgine nusantarienne.

Ces équations sont fausses : prétendre que la population merina est de "race malaise" est une absurdité. Non seulement l'origine nusantarienne est multiraciale, mais en outre un certain métissage s'est produit entre Austronésiens et Africains. Enfin et surtout, les autres "tribus", "ethnies", "foko" de Madagascar, n'ont pas moins de titres que les Merina à se réclamer de cette origine nusantarienne et de l'Odyssée de leurs ancêtres navigateurs à travers l'Océan. Aucune "ethnie" ne peut se prévaloir à cet égard d'une quelconque antériorité par rapport aux autres. Quand à la "race malaise", c'est un mythe qui ne vaut pas mieux que celui de la "race aryenne", de triste mémoire.

Il ne s'agit pas ici de nier l'existence d'un clivage entre Merina et "Côtiers", qui est bien réelle. Mais comme d'autres participants à cette table ronde l'auront montré, cette opposition n'a pas de racine profonde dans la civilisation malgache et ne s'est construite politiquement que dans une période récente, en gros au cours des deux derniers siècles. Elle est apparue quand le Royaume merina a étendu son empire sur une grande partie de Madagascar au cours du XIXe siècle, puis elle s'est figée du fait de la colonisation.

Divers auteurs occidentaux (des scientifiques, des missionnaires, des administrateurs coloniaux...) ont eu leur responsabilité dans la racialisation de ce clivage. Ils ont voulu distinguer, en se fondant sur la seule apparence physique, entre une "race hova" d'origine indonésienne, celle des gens des Hautes Terres, et une "race africaine", celle des gens de la Côte. Pour un bêtisier de citations de ces auteurs, on se reportera à l'ouvrage d'Antoine Bouillon (7). Nous reviendrons plus loin sur l'instrumentalisation de ce clivage à des fins politiques.

4. Un racisme déclaré

Un certain "racisme ordinaire" existe à Madagascar, comme partout à travers le monde. Certaines personnes véhiculent des préjugés racistes, distinguant de manière sourcilleuse entre le type physique "fotsy, malama loha" (peau claire, cheveux lisses) et le type "mainty, ngita volo" (peau noire, cheveux crépus). On voit aussi se manifester en certaines occasions des comportements discriminatoires, par exemple à l'occasion de demandes d'embauche, comme l'a affirmé le chanteur Rossy dans un article retentissant paru il y a quelques années dans Le Monde, et comme le fit également observer Theo Randriarifara sur le forum (scm, 28/02/97), en réponse à Ratefy et ses amis qui prétendaient que le racisme était "impossible à définir".

Mais une doctrine raciste élaborée et proclamée, c'est tout autre chose que des préjugés individuels ou des comportements sociaux. Celle que véhicule Andriantefinanahary Ratrimonimerina sur Internet, au nom de la défense du peuple merina, est un fait complètement nouveau pour ce qui concerne Madagascar.

Des antiracistes bien-pensants jugeront peut-être, à la lecture des textes qui vont suivre, qu'il aurait été préférable de ne pas les reproduire ici. Nous leur répondrons que l'auteur de ces textes est bel et bien, qu'on le veuille ou non, un collaborateur de l'hebdomadaire "Feon'ny Merina", et qu'à ce titre il est, hélas, représentatif de l'ethnonationalisme merina, au même titre que d'autres membres bien connus de cette mouvance. Une clarification nous semble nécessaire à ce sujet, pour savoir dans quelle mesure d'autres représentants de ce courant assument son idéologie.

Voyons à présent en quoi il s'agit bien de racisme, et du plus outrancier.

Relisons comment Ratefy osait, en janvier 1997, s'adresser à ceux de ses compatriotes de la liste malgache FBRA qu'il supposait être de race noire :

L'idée, déjà exprimée plus haut, que les Noirs partageraient ce mépris envers eux-mêmes, est également présent dans le chapitre 2 de Valin-kitsaka, lorsque l'auteur évoque

A ce sujet, nous renverrons aussi, et surtout, au chapitre 4 de l'ouvrage, intitulé "Un pays malade de la négritude," qui relève d'une pure et simple logomachie raciste.

La plupart des thèmes mensongers constitutifs d'une doctrine raciste (8) sont ici présents. Cette doctrine affirme non seulement l'existence des "races ", mais aussi "l'inégalité des races", leur "hiérarchie", la solidarité entre "race" et culture, entre caractéristiques physiques et caractéristiques morales des différentes "races". On trouve tout cela dans Valin-kitsaka, notamment dans les dernières pages du chapitre 2, intitulé Faratay, le Cannibale, où il est question de l'immigration en France :

L'idéal de "pureté raciale" et la phobie du métissage reviennent sans cesse. Comme ailleurs dans le monde, cette phobie de "l'autre" vise tout particulièrement le voisin, le "proche" (cf. Alain Bihr, (8)), celui que Maurice Barrès appelait "l'étranger de l'intérieur". Pour ce qui concerne Madagascar il s'agit du Mainty, le Malgache à la peau noire :

La peur de l'autre se traduit par la thèse suivante : le peuple merina est une victime, il est agressé et menacé, jusque dans son identité, par une tentative de "génocide" :

Un danger analogue de perte d'identité est censé menacer la France, et par la même, l'Europe. On retrouve des thèmes qui furent agités naguère par l'extrême-droite européenne, par exemple par le démographe nazi F. Burgdörfer :

Voici ce que cela donne dans "Faratay, le Cannibale" :

Revenons à Madagascar. Ratrimonimerina prêche une endogamie stricte et l'interdiction du métissage avec les Noirs, sous peine d'exclusion de la communauté merina :

Contre la menace de décadence et de disparition, le seul salut est dans le combat. C'est d'ailleurs une constante de ce type d'idéologie (Alain Bihr, op. cit., (8)) :

L'auteur oublie un détail historique qui a son importance, c'est que les Menalamba des années 1896-97 étaient de toutes origines, c'étaient des Merina fotsy et des Merina mainty qui s'efforçaient d'unir tous les Malgaches contre l'envahisseur.

Notons enfin que s'exprime aussi une inquiétante "compréhension" de la politique d'apartheid :

Il est étonnant de constater que lors du débat sur scm, il ait fallu argumenter face au "duo" Ratefy-Mester pour "définir" le racisme et "démontrer" que les textes de Ratefy sont racistes !

Il nous faut à présent poursuivre l'examen détaillé des deux autres thèses de l'"ethnonationalisme" merina. Nous abordons donc à présent la problématique de la construction nationale à Madagascar.
Nous supposerons que le lecteur accepte l'idée suivante : pour construire une nation il convient d'abord de vivre en paix et d'oeuvrer ensemble à la recherche d'un certain "bien commun" fondé sur un certain "vouloir vivre ensemble". Pour cela, il convient aussi d'éviter autant que possible les querelles entre groupes sociaux d'origines différentes.

Commençons donc par nous interroger sur cet obstacle que constituerait la France en tant que telle, du point de vue de la construction nationale à Madagascar. Nous devrons nous rafraîchir la mémoire sur quelques faits historiques, sur des faits qui sont certes pour la plupart bien connus, mais qu'il n'est jamais inutile de rappeler. En fait, la question qui nous importe est surtout de connaître leur incidence sur la vie politique présente et à venir.

Suite de notre exposé : les responsabilités de la France


Notes

Avertissement : le présent article existe en version HTML, avec un certain nombre de "liens" permettant de "naviguer", et pas seulement vers des pages "ethnonationalistes". Il est rappelé que toute adresse sur Internet peut être, à tout moment, changée ou supprimée. Celles qui sont données ici ne sont qu'indicatives, elles étaient encore valables au moment de la table ronde, dans les premiers jours de décembre 1998.

(1) cf. l'article de Solofo Randrianja, "Ethnonationalisme et représentations de l'Histoire à travers les journaux "Feon'ny Merina" et "Masova"", pour la présente table ronde

(2) http://home.cwnet.com/zaikabe/KI/ (2bis) http://wwwperso.hol.fr/~imerina/1947.HTM

(3) http://home.cwnet.com/zaikabe/KI/VALY_1.HTM

(4) http://dejanews.com/ (notons qu'une "power search" permet de consulter un message en indiquant ses références, par exemple ici le forum concerné, soc.culture.malagasy, la date , l'auteur du message)

(5) La manière dont s'est déroulée cette discussion mériterait une étude de "psychologie sociale" sur les "rôles" des divers intervenants, rôles à la fois politiques et théâtraux (n'oublions pas que le mot "rôle", du latin rotulus, signifie à l'origine "parchemin roulé sur lequel est inscrit le texte que doit réciter un acteur"). Un Menalamba déclame d'abord une longue tirade dont voici un extrait : "je me félicite un peu de cette occasion qui m'est enfin offerte de pouvoir expliquer également à des malgachistes ce que veut dire mangaron-biby an-davaka et ce qu'il en coûte de subir un petit effet de lolom-po kovalahy contenu depuis un siècle!" ("Riposte merina aux Vazaha Faratay") (scm, 26/01/97). Par la suite, le masque bestial du dangereux biby se voit confié à d'autres intervenants, un "Cerbère" (scm, 25/02, malgachisé par la suite en Raseribera, scm, 17/03) ayant fait une entrée sur scène pour diriger une "meute hurlante" (scm 27/02), on voit passer aussi un "Petit-Fils-du-Sanglier" qui "essaie d'être visionnaire et sourd quand il le faut" (scm, 26/02), jusqu'à une sortie assez digne, reconnaissons-le, du Menalamba : "le tigre merina ne se dérange pas pour l'aboiement d'un chien, le grognement d'un marcassin, la défécation d'un porc ou le coassement des crapauds" (scm, 28/02). Entre temps, divers rôles plus intellectuels auront été créés pour la circonstance et confiés à deux "Vazaha", d'une part un antiraciste aussi virulent que vertueux, subtilement baptisé M. Sage (scm, 31/01/97), remis à sa place par Pierre Ranjeva qui, pour l'occasion, nous gratifie d'un petit cours sur l'herméneutique des signes (scm, 4/02/97) ; d'autre part une espèce d'intellectuel verbeux du genre Nouvelle Droite, se réclamant de Taguieff pour mieux le citer à contre-sens, un certain Philippe Mester (scm 19/02, 20/02, 22/02, 23/02 etc.). Souhaitons à ces créations théâtrales une postérité au moins égale à celle de Prospero et surtout de Caliban, que l'on retrouve en exergue de la "Lettre ouverte aux francophoniens" .

(5bis) Nous mettrons entre guillemets des mots comme "ethnie", "ethnonationalisme" etc. Nous ne voulons pas entrer ici dans des querelles de vocabulaires avec les "ethnologues" et nous contenterons donc de ces termes, qui sont en usage, sans nous occuper de les définir précisément. Nous mettrons des guillemets parce qu'aux yeux de certaines personnes, un mot comme "ethnie" aurait une connotation péjorative, tout comme celui de "tribu", et des mots comme "ethniciste" ou "ethnonationaliste" partageraient aussi cette connotation, qu'on ne trouve pas par exemple dans le mot "communauté". Il en va de même du mot "caste", lui aussi péjoratif, et que nous mettons également entre guillemets.
Nous emploierons souvent le mot "malgache", qui est relativement neutre, mais aussi le mot "malagasy", parce que sa présence dans une phrase française revêt une sympathique connotation revendicative.

(5ter) Régis Rajemisa Raolison, "Dictionnaire historique et géographique de Madagascar", Ambozontany, 1966, art. Ravelojaona

(6) Cette section doit beaucoup à la lecture d'un Cours polycopié : "Un terrain, Madagascar", cours de DEUG à l'ex-USHS de Strasbourg, ainsi qu'à des conversations avec Noël Gueunier, l'auteur du Cours en question, linguiste et ethnologue, Université Marc Bloch, Strasbourg.

(6bis) Denys Lombard, MALAISIE et INDONESIE (langues et littératures), in "Encyclopaedia Universalis"

(7) Antoine Bouillon, "Madagascar, le colonisé et son âme", L'Harmattan, 1981

(8) cf. les ouvrages classiques de P.-A. Taguieff, mais aussi une parution récente, qui montre très bien le lien entre racisme et extrême-droite : Alain Bihr, "Actualité d'un archaïsme, La pensée d'extrême-droite et la crise de la modernité", Ed. Page deux, 1998. D'autre part, dans son article pour cette table ronde, Solofo Randrianja montre qu'un lien analogue a déjà existé à Madagascar dans le passé.

(9) Florence Vienne, "Le Juif, l'homme héréditairement sain et le ventre de la femme: le corps de la nation (Volkskörper) chez Friedrich Burgdörfer (1890-1967)", in "La race blanche en danger de mort", Populations et Politique n°1, Juin 1997, Laboratoire de Démographie historique (LDH) de l'École des Hautes Études en Sciences Sociales (EHESS), 54 boulevard Raspail, 75006 Paris


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