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Lettre ouverte au président de l’Université de Lyon 1

Lettre ouverte au président de l’Université Claude Bernard (Lyon 1)

7 avril 2009

Monsieur le Professeur Lionel COLLET,
Monsieur le Président,

Nous sommes les présidents actuels ou récents des sections de mathématiques du
Conseil National des Universités. Nous tenons à manifester notre étonnement devant
le tableau, en provenance du Conseil Scientifique de l’Université Claude Bernard,
qui établit un financement des unités de recherche sur la base directe de critères
bibliométriques.
(Nous nous référons ici au document : http://www.univlyon1. fr/servlet/com.univ.collaboratif.utils.LectureFichiergw ?ID_FICHE=196081&OB JET=0017&ID_FICHIER=143131).

Ce faisant nous relayons un vif émoi de la communauté universitaire française, en
particulier des mathématiciens comme en témoignent par exemple les messages
incrédules ou indignés échangés sur la liste de diffusion "mathdebat".

Nous avons compris que ce tableau ne concernait qu’une partie du financement des
unités de recherche (un "bonus"), mais nous voyons de graves dangers dans
l’utilisation mécanique de critères bibliométriques comme le nombre de
publications, de citations ou l’emploi de divers index ou facteurs numériques. Si
cette pratique devait s’étendre à l’évaluation des équipes de recherche ou aux
évaluations individuelles, le résultat serait désastreux. D’une part, il est impossible
d’établir sur des critères bibliométriques des comparaisons sensées entre
disciplines différentes (et même entre thématiques d’une même discipline), d’autre
part ce que l’on mesure ainsi n’est pas la qualité scientifique (originalité, innovation,
profondeur), enfin l’usage exagéré de la bibliométrie entraîne des stratégies de
publication et de communication biaisées ; de nombreuses études ont été menées
sur ce sujet et soulignent toutes les limites de cette approche.

En tant que responsables présents ou passés de sections du CNU, nous avons été très
impliqués dans les évaluations individuelles d’enseignants-chercheurs. Le décompte
des publications et citations est certes utile et pratiqué, mais il est absolument
nécessaire qu’il soit couplé avec de nombreuses autres données et une observation
critique plus précise assurée par des pairs qualifiés.

Les mathématiques françaises sont parfois citées comme un domaine d’excellence ;
cette notoriété est plus le fruit d’une analyse qualitative que quantitative. Et quand
elle est quantitative, cette analyse est multi-critères : large spectre et difficulté des
champs thématiques, participation à des congrès internationaux, qualité des thèses
soutenues et essaimage des chercheurs dans les divers organismes de recherche,
comité éditoriaux, impact des publications en temps long,...
On trouve sur le site de l’Union Mathématique Internationale un rapport précis et
documenté sur l’usage des "Citations Index" dans la politique scientifique. Nous ne
pouvons qu’encourager sa lecture ; il est accessible sur
http://www.mathunion.org/publications/report/citationstatistics0/.

Ce débat sur l’usage de la bibliométrie n’est pas neutre car il existe une pression
réelle, en particulier dans de nombreux pays étrangers, pour la mise en place de
systèmes d’évaluation basés sur des critères bibliométriques mécaniques. C’est
aujourd’hui le mérite des sections du CNU et de l’AERES de ne pas avoir emboîté le
pas à cette mode qui permettrait de remplacer les experts qualifiés par des
technocrates et des ordinateurs. Il ne faudrait pas que cette pratique soit initiée et
développée par les établissements d’enseignement supérieur eux-mêmes, dans le
cadre de leur autonomie financière et scientifique.

En conclusion, l’émoi provoqué par le tableau du Conseil Scientifique de l’UCB est
donc doublement justifié : il est inadapté à la mise en place d’une politique
scientifique et il porte le germe d’une contagion dommageable.
Nous tenions à manifester notre sentiment sur la question sensible de l’évaluation
bibliométrique, puisque nous savons porter l’opinion d’une large part de la
communauté mathématique (et au delà universitaire) française.

Veuillez agréer, Monsieur le Président, l’assurance de notre engagement au service
de l’Université et l’expression de nos sentiments respectueux.

Le 7 mars 2009,

- Fabrice BETHUEL, Président de la Section 26 du CNU,
Professeur à l’Université Pierre et Marie Curie, Paris 6.
- Emmanuel LESIGNE, Président de la Section 26 du CNU entre 2004 et 2007, Professeur à l’Université François Rabelais, Tours.
- Michel OLIVIER, Président de la Section 25 du CNU entre 2004 et 2007,
Professeur à l’Université Bordeaux 1.
- Marc PEIGNÉ, Président de la Section 25 du CNU, ,
Professeur à l’Université François Rabelais, Tours.

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Dernière mise à jour le 20-04-2009

Mots-clés

Recherche et enseignement supérieur

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