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Plan Carrières 2009-2011 pour les universités et organismes de recherche : réactions

Le directeur général du CNRS a transmis à l’ensemble des personnels un courrier reçu de V. Pecresse accompagné du "Plan de carrières 2009-1011" pour l’ensemble des personnels de l’enseignement supérieur et de la recherche.
Dans le même temps, les membres du CNU ont été également destinataires du discours "plan de carrière" de la ministre.

Pierre Arnoux, membre du CNU (25e section) et professeur à l’Université d’Aix-Marseille II, lui a répondu :

Chère Madame,

je vous remercie de votre courrier, qui m’a vivement intéressé.

La prise en compte du doctorat et des années contractuelles pour la
rémunération est une excellente mesure. Je n’ai cependant pas bien
compris si elle était prise en compte au niveau des cotisations
sociales : à l’heure actuelle, un maître de conférences recruté à
30 ans (ce qui est fréquent) devrait partir à la retraite à 72 ans
pour une carrière complète... Ce n’est certes pas la préoccupation
des jeunes que l’on recrute ; mais ce devrait être celle de ceux qui
les recrutent.

L’augmentation du taux de promotion, si elle est réellement mise en
oeuvre, est aussi une excellente mesure, dont le membre du CNU que je
suis ne peut que se réjouir. Les sections de mathématiques du CNU
ont toujours eu à coeur de mener une politique de promotion basée
sur l’excellence scientifique, et pas seulement sur l’ancienneté ;
mais j’ai pu constater que le très petit nombre de promotions
conduit à des choix cornéliens. Une augmentation des promotions
aurait un effet plus significatif que les primes sur la carrière, et
serait une façon très positive d’augmenter l’attractivité des
carrières.

L’évaluation quadriennale des enseignants-chercheurs par le CNU est
une bonne mesure dans son principe, mais rien n’est dit sur
l’utilisation qui en sera faite. Quelles seront sa forme et ses
conséquences ? De plus, cette évaluation va représenter une charge
de travail considérable pour les sections concernées ; comment cela
sera-t-il pris en compte ? Est-il prévu une augmentation de l’effectif
du CNU, ou une prise en compte du travail qu’il représente ?

En l’absence de toute donnée concrète, je n’ai pas d’opinion sur la
modification des primes ; si elle se fait à montant global constant,
une augmentation du montant des primes qui se ferait au détriment du
nombre total des récipiendaires n’aurait pas d’effet positif. De
plus, rien n’est dit sur le système d’attribution, ce qui fait
craindre qu’elles ne soient pas essentiellement basées sur le dossier
scientifique.

Par contre, je ne pense pas que nous ayons à nous féliciter des
chaires jeunes chercheurs.

D’une part, ces chaires sont financées en supprimant des postes au
CNRS ; or on sait bien (il suffit de lire les rapports de l’INED sur
le sujet) que lors de la dernière période de vaches maigres pour
l’enseignement supérieur, il y a 30 ans, c’est le CNRS, par ses
recrutements, qui a permis de sauver la recherche. Cette
"concurrence", à l’époque, n’a pas été stérile, mais vitale pour
la recherche et l’université françaises. Cette ressource va manquer
lorsque les recrutements vont être stoppés en universités ; c’est ce
qu’annonce la suppression de 900 postes cette année.

D’autre part, et surtout, le document que vous m’envoyez n’indique
pas comment seront choisies ces chaires d’excellence. Je l’ai appris
hier, dans mon université : ce ne sont pas les chercheurs qui sont
sélectionnés, ce sont les chaires. Les universités sont appelées
à candidater pour des chaires d’excellence, lesquelles seront ensuite
pourvues par un comité de sélection. Il n’y a aucune garantie que
ces candidats soient meilleurs que les autres ; il en résultera juste
un effet d’aubaine, qui devrait avantager les universités les mieux
placées auprès du comité non précisé qui sélectionnera les
chaires d’excellence.

Ce dispositif ne me semble pas de nature à améliorer la recherche ;
il eût été préférable, tant qu’à faire, de créer un troisième
niveau à l’IUF, permettant de sélectionner par jury des enseignants
chercheurs en début de carrière. Il est vrai que nous avons eu
l’occasion de voir récemment comment la ministre traitait le système
d’évaluation à l’IUF, en rajoutant de sa propre initiative 22 noms
à la liste établie par le jury. Je ne pense pas que vous réalisiez
l’effet qu’a ce genre de mesure sur une personne qu’on a nommée pour
prendre part à l’évaluation. Il décrédibilise totalement votre
discours.

Bien cordialement,

Pierre Arnoux

P.S. 1. Je joins à ce courrier, pour votre information, la courbe
des entrées en licence de sciences, issue des données officielles de
la DEP. Vous constaterez qu’elle a baissé de près de 50% en 12 ans.
Ce fait ne semble pas connu des responsables à qui j’ai pu en parler.
On peut s’attendre à une forte baisse dans les 3 années à venir, du
fait de la baisse démographique, de la forte diminution des postes
aux concours de recrutement, de la mastérisation qui va reculer d’un
an l’accès aux postes d’enseignants (j’ai déjà pu constater cet
effet sur les étudiants que j’ai en cours en L3), et de la
dégradation du contenu disciplinaire de la licence prévisible à la
lecture des documents préliminaires du plan "réussir en licence". Je
pense que cette information pourrait vous intéresser. Si vous
désirez des informations plus approfondies, je peux vous envoyer une
étude récente sur le sujet.

P.S.2. Je suis actuellement, comme nombre de collègues, en train de
préparer les maquettes des masters d’enseignement en vue de la
mastérisation des concours de recrutement. Nous travaillons dans la
plus grande précipitation : on nous donne moins de deux mois pour
préparer un bouleversement complet du système de formation des
enseignants, alors que presque rien (ni programme, ni conditions de
la formation pédagogique, ni structures administratives) n’est
précisé. On ne peut s’empêcher de ressentir un mépris profond pour
le travail des enseignants chercheurs, au-delà bien sûr des
nombreuses questions que pose cette réforme, qui va à l’encontre de
ce qui a été préconisé depuis plusieurs années sur le sujet par
l’Académie des sciences, le Sénat, et toutes les organisations
professionnelles concernées.

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Dernière mise à jour le 28-11-2008